Analyse 2014 – 03/15. Neurosciences et éducation : Déconstruire les mythes

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En 1993, Rauscher, Shaw et Ky publient une étude dans laquelle ils démontrent que le fait d’écouter une sonate de Mozart pendant 10 minutes augmente temporairement certaines aptitudes visuospatiales[1]. Les résultats de cette étude ont rapidement été tempérés par d’autres études n’ayant pu la répliquer qu’avec un succès mitigé (avec des effets plus modestes ou non significatifs)[2]. Malgré ces démentis rapides, l’étude originale a suscité un réel engouement et de nombreuses extrapolations abusives ont vu le jour sur ce qui est encore appelé aujourd’hui « l’effet Mozart ». On laisse ainsi supposer qu’écouter régulièrement du Mozart rend plus intelligent ou favorise le développement des enfants. Quelques raccourcis et extrapolations plus tard, de nombreux ouvrages de vulgarisation décrivent et vantent les mérites de cet effet au point d’influencer les directives et politiques sociales et éducatives pour l’enfance.  L’exemple le plus parlant est sans doute celui de l’État de Géorgie qui a investi dans les années 1990 plus de 100.000 US Dollars pour offrir un CD de Mozart à toutes les mères venant d’accoucher.

Aujourd’hui, personne ne réfute le fait que l’avancée quotidienne des connaissances sur le cerveau peut favoriser le développement des sciences de l’apprentissage et avoir des implications majeures dans le contexte scolaire. Toutefois, un des défis majeurs qui se posent pour ce domaine est de cerner judicieusement les limites des études et leurs implications… et, dans le même temps, de déconstruire certaines fausses croyances fortement ancrées dans les esprits. Dans cette lignée, la présente analyse traite des neurosciences dans le contexte scolaire, en tentant de départir le vrai du faux quant aux réelles potentialités des neurosciences dans le domaine de l’éducation. Certains neuromythes parmi les plus célèbres seront identifiés et discutés dans le but de les rationaliser.

Neurosciences-Illu
« Neurosciences et éducation : Déconstruire les mythes « , une analyse de Jean Christophe Meunier

 


[1] Rauscher, F., Shaw, G. & Ky, K. “Music and spatial task performance”, Nature, n° 365, 1993.

[2] p. ex. Chabris, C. & Kosslyn, S. “How do the cerebral hemispheres contribute to encoding spatial relation?”, Current Directions in Psychological Science, n° 7, 1998.